ABHERVE




A Saint-Brieuc avec Jaffrennou

Quand Adlophe Vallée prit sa retraite, en 1890, toute sa famille quitta Bell-Isle-en-Terre pour s'installer à Saint-Brieuc, au 37 de la rue Saint-Benoit. François Vallée, toujours maladif, suivit naturellement ses parents n'ayant qu'une seule idée en tête, se consacrer aux langues celtiques et, principalement, au breton. Comme beaucoup d'autres personnes de cette époque travaillant pour la langue, René Le Roux ( Meven Modiern), Louis Paul Nemo (Roparz Hemon) etc. Vallée resta célibataire sa vie entière. Quant son père mourut, en 1922, il demeura avec sa mère,  en vivant,  sans souci pécuniaire,   d'une petite rente.

Il adhéra à l'Association Bretonne et, en 1895, on trouve pour la première fois son nom, dans le bulletin de l'association, sous une étude en français intitulée : La langue bretonne et les écoles. Exclusion systématique du breton de l'Enseignement primaire. Quelque temps après il fut nommé secrétaire du Comité pour la préservation du breton.

Peu après, par l'intermédiaire de son jeune frère Olivier Vallée, il rencontra François Jaffrennou qui devait devenir plus tard le Grand Druide du Gorsedd en Bretagne. Tous deux étaient élèves à l'Ecole Saint-Charles de Saint-Brieuc. Dans ses mémoires Jaffrennou raconta sa première entrevue avec Vallée : Et  moi de courir et de trouver au parloir un homme à la figure avenante, aux yeux bleus derrière ses lunettes dorées, une barbe au poil châtain soulignant son visage; sa tête était déjà un peu chauve et son dos légèrement voûté, mais le monsieur qui m'appelait au parloir avait l'apparence d'un homme solide et fort.

"Vous êtes François Jaffrennou ?

- Oui, dis-je.

C'est bon alors. C'est avec plaisir que je viens vous voir. Mon jeune frère Ollivier m'a parlé de vous. Si vous le désirez et si vous n'avez aucun correspondant à Saint-Brieuc, je demanderai au directeur de vous autoriser à venir chez ma mère chaque premier dimanche du mois.

- Je vous remercie du fond du cœur, Monsieur Vallée. "

C'était le début d'une collaboration qui devait durer de nombreuses années. C'est ainsi que Vallée parvint à obtenir, avec l'aide de Jaffrennou, l'autorisation du directeur de Saint-Charles, ainsi que de celle de l'évêque de Saint-Brieuc, d'ouvrir, à la rentrée scolaire de 1896, des cours facultatifs de breton et, quand Monsieur Vallée vint ouvrir le premier cours de breton qui n'ait jamais été fait dans notre pays de Bretagne, dans une salle de classe, pendant les arrêts de travail, nous étions neuf sur les bancs. Peu après vinrent Poulpiquet, Savidan et Simoneau, ce qui fit douze, les douze apôtres. N'est ce pas ?



Kroaz ar Vretoned

Chaque semaine, depuis 1893, Vallée écrivait de petits articles dans le journal La Croix des Côtes-du-Nord  dirigé par M. Delangle. Ce n'étaient que 26 lignes en breton noyées dans une mer de français. Peu de choses en vérité, mais ce peu de chose fut suffisant pour donner l'impulsion nécessaire à la création, au mois de janvier 1898, à Kroaz ar Vretoned (La  Croix des Bretons), un journal hebdomadaire entièrement en langue bretonne. Ce journal, qui vécut 22 ans sous la direction de Vallée, fut d'une importance considérable pour notre langue. Un grand nombre d'écrivains, de renom ou inconnus, et Jaffrennou parmi eux, publièrent leurs écrits dans ce journal donnant ainsi une vie littéraire au breton, en Trégor surtout, mais aussi en Léon, Cornouaille et même au Pays de Vannes, et ceci jusqu'en 1920, après avoir traversé la guerre. Le vieux directeur (il avait soixante ans) expliqua pourquoi le journal dut disparaître : Kroaz ar vretoned ne peut plus se maintenir davantage. Les frais d'imprimerie sont devenus si lourds que le vieux directeur ne peut plus combler le trou même en fouillant aux quatre coins de sa bourse, même avec les dons que lui adressent des amis. Pire encore, sa santé et ses forces déclinent rapidement et il ne trouve personne, en raison des suites désastreuses de la guerre en Bretagne, pour le seconder et prendre la roue de gouvernail.

A cause de tout cela il doit abandonner. Au revoir chers lecteurs ! au revoir au paradis

Mais le manque d'argent, la santé du directeur allant se détériorant ne sont pas les seules raisons justifiant la disparition du journal. Dans ses souvenirs  Vallée écrit :  Il y a une autre raison importante. L'amour de la Bretagne et les articles rédigés pour défendre la langue et le patriotisme breton déplaisent à l'évêque Mgr Morelle ainsi qu'aux prêtres débretonnisés qu'il avait sous sa coupe. Et Fañch Elies d'ajouter : Quand on sait combien François Vallée fut avare de paroles on se rend très bien compte du poids que dut avoir l'influence de l'évêque francisant. Il faut également penser à l'hostilité que Kroaz a rencontré chez tous ceux qui voulaient obstinément que le dialecte de leur paroisse soit admis comme langue littéraire.

En 1898 également il prit part à la création de l'Union Régionaliste Bretonne. Ce jour-là il insista pour qu'une section Langue et Littérature Bretonnes soit créée distictement d'une section Littérature de langue française. Ce souhait fut finalement adopté, non sans âpres discussions, et vallée en fut le directeur avec Jaffrennou comme secrétaire. C'est cette nouvelle section qui devint par la suite l'Académie bretonne dont Vallée, bien entendu, fut le Secrétaire.  


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