ABHERVE
Son enfance
François
Vallée
est né le 26 septembre 1860 à Locmaria, en
Plounevez-Moédec, non loin de Belle-Isle-en-Terres (
Trégor). Il était un des onze enfants de Adolphe
Vallée, directeur
des
Papeteries de Belle-Isle-en-Terre, et de Laure
Trévédy,
fille
d'un
notaire de Châtelaudren. Mieux vaut cependant laisser
Vallée se présenter lui-même
: A
l'origine des vallée on trouve
des orfèvres venus de Normandie pour s'installer en
Basse-Bretagne avant la période révolutionnaire.
A la
suite des mariages dans le pays ils devinrent rapidement des Bretons de
race et de langue.
Mon
père parlait bien le
breton. Tous, de son côté, parlaient le breton
comme lui.
Mon grand-père avait étudié
les ouvrages de
Le Gonidec. Ma grand-mère, native de
l'île Molene,
trouvait difficile d'entendre dans la bouche des Trégorrois
des
mots français comme " mouchouer-godell",
"boñjour", au
lieu de "lien-fri" et "demat" (...) Du côté de ma
mère, l'ancêtre des Trévédy
était un
cultivateur de Guéméné. Son
père, qui avait
étudié le droit, était percepteur
d'impôts
pendant la révolution. Il mourut très jeune d'une
maladie
pulmonaire en laissant un fils qui fut mon grand-père du
côté de ma mère. Celui-là
suivit les traces
de son père, fit des études de droit à
Rennes et
devint notaire. Il possédait bien le breton.Mon
père vint de Morlaix
à Locmaria, vers l'an 1858, amenant avec lui des ouvriers,
hommes et femmes, de Morlaix et tous étaient des
bretonnants. A
cause de cela, on n'entendait, autant dire, que du breton à
la
Papeterie [1].
Il apprit également la langue populaire avec les enfants des environs en jouant avec eux à la crosse, à la flèche ou encore à la fronde. Il avait sept ou huit ans lorsqu'il découvrit un exemplaire du Barzaz breiz dont il se mit à apprendre des chansons par cœur. Déjà l'étude du breton le passionnait.
Ses études
Le jeune garçon ne fut pas scolarisé en raison de sa santé fragile. C'est pourquoi ses premières leçons ( 1874-1876) lui furent données par l'abbé Durant, futur recteur de Tredrez et collaborateur de Kroaz ar Vretoned. Il alla après cela à l'Ecole Saint-Charles de Saint-Brieuc mais, sa santé étant toujours chancelante, il lui fut impossible d'étudier d'une façon suivie. Il se rendit alors à Rennes dans l'intention d'obtenir tout de même un diplôme quelconque lui permettant l'accès au professorat. Là, assez tard car il avait 24 ans, il obtint le baccalauréat, avec la mention "bien" cependant, et, après cela, une licence de philosophie. C'est à l'Université de Rennes qu'il rencontra Joseph Loth, le savant linguiste, qui y tenait la chaire de langues celtiques. J'ai essayé également de suivre les leçons de celtique de Loth, écrit Vallée, j'en ai cependant tiré peu de profit parce qu'il faisait surtout de la phonétique. Cependant, après en avoir terminé avec la philosophie, j'ai étudié suffisamment de gallois avec M. Loth et analysé avec lui les œuvres d'un romancier renommé du Pays de Galles. Comme cela j'ai appris certaines choses concernant la langue en prose.[2]
Vallée pensa alors faire une carrière de professeur et, dans cette intention, enseigna durant quelque temps au Collège Saint-Vincent de Rennes. Mais, décidément, sa santé était trop faible aussi bien pour être professeur que pour diriger la Papeterie de son père. Rapidement, après avoir été la victime d'une congestion cérébrale, il fut contraint d'abandonner son idée et de regagner Locmaria afin de vivre avec ses parents.
Il passa alors son temps
à étudier le breton mais,
hormis les ouvrages de Le Gonidec ou Troude et, bien sûr, le Barzaz
Breiz découvert en
fouillant dans l'armoire de son vieil oncle, il n'y avait pas
encore beaucoup de livres à cette époque pour
étancher la soif d'apprendre du jeune homme. C'est la raison
pour laquelle il se mit à courir les chemins, à
pied ou
en charrette, autour de Belle-Isle, mais plus loin
encore grâce à la bicyclette qui en
était
encore à ses débuts. Il recueillit ainsi,
à l'aide
d'un phonographe à cylindres, les airs des chansons de
Luzel, qui seront édités plus tard par le
compositeur Maurice Duhamel, ainsi qu'une foule de mots
rares, employés pas les habitants des campagnes, et
mis immédiatement sur fiches.

[1].
«Eñvorennoù eur brezhonegour»
, Sterenn, n° 5, mai 1941, p.7
[2].
«Eñvorennoù eur brezhonegour»
, op.cit.,p.13.